Cochon Belge


Quand on vit au pays de la rosette de Lyon, du saucisson à l’ail et de l’andouille de Guéméné, on a vite tendance à se croire champions du monde la charcuterie. Pourtant, partout où le porc est présent, chaque culture a développé des recettes pour ne rien perdre de cet animal généreux. Les Belges ont eu aussi leurs traditions et certaines marques de charcuterie jouissent même d’une cote de popularité étonnante sur leur marché. C’est le cas de Marcassou, entreprise originaire des Ardennes et spécialiste des saucissons et salaisons. Marcassou est aux assiettes belges ce que Justin Bridou est à l’apéro/pique-nique français.

TBWA Brussels vient justement de démarrer une nouvelle campagne pour la marque. Le concept n’est pas nécessairement neuf: « une bonne recette, c’est d’abord un bon produit de base, élevé dans de bonnes conditions » , ça vaut pour le cochon du Québec, le poulet de Loué en France, etc… Mais on retrouve dans ce qui risque de devenir une saga tous les ingrédients d’une bonne pub belge: humour un peu absurde, sans effets de manche ni dérive esthétique, mais avec beaucoup d’auto-dérision, une image pas très léchée ( et même bien crasse ), et un slogan « straight to the point ». Difficilement exportable ( quoi que les québécois devraient apprécier ) mais vraisemblablement très efficace sur son marché. 

Fait à signaler, l’annonceur diffuse les messages sur son site web et invite le public à voter et donner ses commentaires. Marcassou se paie même le luxe d’un peu d’un peu de UGA ( user generated advertising ), ce qui pour un charcutier des Ardennes n’est pas si anodin. On espère que cela offrira à l’agence l’opportunité de pousser plus loin le côté déjanté ( timide dans les deux premières exécutions ), car en la matière, la pub belge donne rarement sa place et vu de l’extérieur, c’est quand même le morceau qu’on préfère.

 
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Carla, les grenouilles et la pub

Le titre évoque presque une fable de La Fontaine mais rassurez-vous, il s’agit plus d’un clin d’oeil venu du Canada et d’une marque d’opérateur en téléphone mobile, TELUS. Retrouvé au détour d’une plongée dans mes archives pub, et revu dans le contexte 2008, la trouvaille m’a fait sourire.

Les relations entre Carla Bruni-Sarkozy  et le monde de la publicité ne constituent pas vraiment un scoop: la première dame de France posait encore dans une publicité pour Lancia quand sa relation avec le président est devenue publique. Auparavant, comme mannequin, elle eut souvent à « endosser » des marques de mode. 

 

Mais dans le cas présent, il s’agit plutôt de l’artiste Carla dont il est question puisque son succès « Quelqu’un m’a dit » fut utilisé en 2005 pour un spot télé de Telus, mettant en scène deux grenouilles amoureuses. Les facétieux y verront sans doute un couple de french frogs …
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Mais la vérité est plus prosaïque. L’agence Taxi a orchestré au début des années 2000 un vrai repositionnement de la marque TELUS ( Tell us prononcé en anglais ), autour de la nature et de la simplicité pour se détacher du caractère techno des cellulaires. Grande réussite à ce déploiement, non seulement publicitaire mais également sur le terrain ( boutiques repensées, packaging, identité visuelle ) : un univers venait de s’ouvrir pour cette marque qui ne disait pas grand chose à l’époque et qui s’est mise, au fil des campagnes, à dégager un côté sympathique, sans prétention, et moderne tout à la fois. Pour ceux qui ne connaissent pas le marché canadien de la téléphonie, il faut quand même dire que le terrain animal y est très encombré: il y a Fido avec ses chiens depuis l’origine de la marque; il y eut aussi les castors de Bell. Bref, une ménagerie assez complète. Mais Telus est celle qui a sans doute le plus « préempté » ce territoire, pour jargonner un peu. Il faut dire que la stratégie média de Taxi ne s’est jamais contenté des médias traditionnels et que les animaux ont souvent envahi la ville, comme le montre l’image du métro montréalais. Le choix de Carla Bruni pour la musique témoigne quant à lui du caractère bien distinctif du marché québécois, proche de ses racines françaises et fier de sa francophonie. Je doute que le Canada anglais ait jamais entendu de parler la jolie Carla avant son récent mariage…

Ci dessous, 2 autres messages de la même époque, automne 2005, qui illustrent bien la recette éternellement renouvellable « 1 titre / 1 animal / 1 offre ». De fait, le fonds blanc et la pérennité du positionnement font de TELUS une marque qui sait marquer, et défendre, son territoire dans l’esprit des consommateurs. Pas nécessairement de la « grande pub » mais assurément, une pub efficace: par les temps qui courent, c’est devenu un impératif.

Orange fait son Cirque

Alors que l'agence montréalaise Sidlee inaugure ses nouveaux bureaux ( et sa galerie d'art Sidlee collective ) à Amsterdam, un de ses illustres clients est à l'honneur dans une pub française : Le Cirque du Soleil. 

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La version ci dessus est la déclinaison web mais on retrouve la pub ( agence Publicis ) en format magazine dans de nombreux titres économiques. Outre le fait qu'elle fait un pont naturel entre le Canada et la France, qui correspond bien à l'esprit d'Idead (voir article "à propos d'idead"), je la trouve très emblématique de la démarche brillante et fûtée du Cirque, tout en étant surprenante de la part d'Orange. 

Pour tous les lecteurs non-québécois, il est important en effet de préciser que le Cirque du Soleil est une entreprise culturelle majeure, à la démarche singulière, avec une histoire propre à bâtir sa légende et surtout une multinationale au succès incontesté.Je ne me lancerai pas ici dans l'éloge du Cirque, ce serait trop long et surtout, je ne suis pas une spécialiste du genre: pour ceux qui veulent en savoir plus, wikipedia s'impose. Mais en bref, c'est un fleuron de l'économie québécoise, une des rares marques québécoises internationales aussi connues que Céline Dion et plus attachante que Bombardier ou Alcan.

Quant au succès incontesté… il existe quand même un endroit de la planète où le Cirque n'a pas réussi à planter son chapiteau permanent ni à rallier les critiques : et oui, toujours le fameux village gaulois et ces "maudits français". Autant la France succombe comme une guidoune à Roch Voisine, Isabelle Boulay ou Natacha St Pier, autant elle demeure relativement hermétique à l'esprit des spectacles du Cirque, qui a pourtant des fans enragés de Las Vegas à Tokyo. 

Que le Cirque prête "sa marque" et ses artistes au jeu de la publicité d'une autre grande marque, rien d'étonnant: elle sert de caution régulièrement et récolte toujours les bénéfices de cette exposition. Mais qu'Orange décide d'utiliser son imagerie dans une campagne tournée vers le monde des affaires en France est plus remarquable: car enfin, la notoriété du Cirque du Soleil n'a rien à voir ici avec ce qu'elle est en Amérique du Nord ou en Asie. Du coup, l'effet prestige ou caution est moindre. L'explication vient peut-être du caractère européen de la dite campagne : à Londres par exemple, la marque est une vedette. Caractère européen dont témoigne éventuellement le slogan en anglais ? (  les québécois lisant ses lignes ne manqueront pas de "sauter" en découvrant le très frenchy : " together we can do more" 🙂 ) 

Chose certaine, c'est un bon coup du Cirque, une entreprise qui depuis ses débuts démontre un sens inné du marketing: la visibilité est majeure et il en restera forcément quelque chose quand la marque reviendra tenter sa chance à Paris. C'est aussi l'occasion de parler du livre de Bertrand Cesvet, l'un des associés de Sidlee, qui vient de sortir en Amérique du Nord : " Conversational capital, how to create stuff people love to talk about". La stratégie du Cirque y est abondamment commentée et analysée.

A propos d’IDEAD

« Encore un blog sur la pub, la com’ , le marketing » : j’en entends déjà certains râler. D’abord, une nuance : ce blog se concentre exclusivement sur la création publicitaire internationale, la vie des marques, et surtout il s’intéresse à toutes les formes d’innovation en communication, ce fameux marketing d’influence qui rend désormais la « pub’ protéiforme. Le monde des médias, avec lequel je travaille depuis plus de dix ans, et la révolution des modèles d’affaires seront également présents dans ces réflexions.  Les catégories sont là pour en témoigner. 


Surtout, IdeAD est pour moi une façon de poursuivre le dialogue entrepris avec la communauté du marketing/ comm’ et avec le public: depuis dix ans, au Québec et en francophonie ( merci à cet égard à TV5 Canada et TV5 MONDE  ), j’ai produit et animé des émissions de télévision portant souvent sur la publicité et les marques ( Invité de marque, Création pubPlanète pub, le documentaire L’empire des marques et les trois épisodes de Création pub ); et puis trois années de chronique publicitaire dans les pages Affaires du quotidien québécois La Presse, à une période où les blogs n’étaient pas si courants, m’ont laissé le regret de ne pas avoir échangé davantage avec les lecteurs.

Enfin, après trois années de « Création pub, le meilleur de la pub francophone« , tournés au moment des Lions de Cannes depuis 2006, j’ai également le désir de prolonger le lien qui se fait le temps d’une émission spéciale entre les publicitaires francophones: moi même à cheval entre deux cultures et deux pays, j’apprécie particulièrement ces regards croisés, parfois vaches, toujours empreints quand même de sympathie, qui existent entre les belges, les québécois et les français. Côté Suisse, j’avoue de grandes lacunes : amis des Grands Prix Romands, à vous de les combler en me tenant au courant ! Et puis, IdeAD n’est pas non plus le Mondial de la Pub francophone 🙂 En revanche, IdeAD se veut un carrefour où les expressions de la créativité belge, française et québécoise se retrouvent.

À cet égard, j’invite tous les lecteurs en agence à m’envoyer leurs nouveautés aussi régulièrement qu’à l’époque de la page L’Envers de la pub ( dont vous retrouverez sur ce blog quelques archives ). Pour cela il suffit de m’écrire à emmanuelle@garnaudgamache.com. Et pour les commentaires, feel free comme disent les chinois.


PS:  les épisodes d’Invité de marque sont dispos dans la section documentaire de la web vidéo de TV5

Ben au secours du Beaujolais ?


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Le Beaujolais nouveau est de retour, et il a aussi bonne mine que les marchés financiers. Du coup, il s'offre une campagne de pub "artistique" et mondiale, signée Euro RSCG 360.

D'entrée de jeu, éliminons le vieux débat : l'art est-il soluble dans la pub ? En ce qui concerne l'artiste Ben, je crois qu'il a choisi son camp depuis longtemps, à en croire tous les produits dérivés signés de son nom: calepin, réveils, bloc notes, agendas Quo Vadis, stylos, T-Shirts …j'arrête ici, le recensement ce serait interminable. 

La question est plutôt de savoir si ce coup d'éclat en noir en blanc va réellement faire remonter la cote de la marque Beaujolais Nouveau. En France, il y a tant d'événements ( et de beuveries joyeuses ) autour de cette sortie que peu importe le vin, le crû, le prétexte à la fête fonctionne encore assez bien. Au beau milieu d'un mois de novembre généralement déprimant, il est même salutaire ! Et puis ici, le Beaujolais n'a jamais eu la prétention d'être un grand vin: piquette pour certains, petit vin sympa mais irrégulier pour les autres, en tout cas rien de majeur. En revanche, il fut pionnier dans l'utilisation d'une vraie démarche marketing du vin en France, secteur conservateur et traditionnel s'il en est. 
 
À l'étranger, c'est une autre histoire. Un article du Figaro résume bien la situation plus que morose : ventes en dégringolade depuis plusieurs années, à commencer par le Canada ( et surtout le Québec disons le franchement: division par 12 du nombre de caisses commandées depuis 2000 ! ) et le Japon, premier importateur du Beaujolais nouveau. La concurrence ( italienne notamment ) fait maintenant de l"ombre à ce primeur qui a pris … un coup de vieux, depuis les années 1990, belle époque de l'opération "vin nouveau". 

Et puis surtout, le "Beaujolais nouveau" a un peu tiré sur la corde, en prenant ses clients étrangers pour des idiots, c'est à dire en leur faisant payer des fortunes pour un vin de 3 euros. Ça marche bien au début, dans des marchés peu connaisseurs. Ça a été le cas au Québec, mais c'est fini. Au Japon, je me souviens avoir découvert avec horreur  quelques caisses dans un supermarché en décembre 2005: la bouteille s'y détaillait l'équivalent de 20 $ CAN, soit environ 12 euros. Malheureusement, les consommateurs s'éduquent ( et les japonais sont très sérieux quand il s'agit d'apprendre ! ), et ils voyagent. Quand ils découvrent en France, au hasard d'une supérette, que leur "grand vin français" se vend 2 fois moins cher qu'un plat de sushi, ils n'oublient pas. 

C'est beaucoup à cause de nos amis japonais que Ben a été retenu pour cette affiche, car il est connu et apprécié là-bas.  Probablement aussi pour son côté artiste populaire ( pour ne pas dire commercial ), accessible, sympathique, qui correspond bien à la personnalité de la marque Beaujolais Nouveau. L'écriture ronde qui évoque l'ardoise du petit restaurant du coin a également l'avantage de créer un lien naturel avec la France et le produit. Par ailleurs, le 2008 est parait-il meilleur et depuis plusieurs années déjà, l'Inter Beaujolais qui réunit vignerons et viticulteurs a fait beaucoup d'efforts pour améliorer le produit. 

Suffisant pour inverser la tendance ? J'aimerais le penser mais je doute. D'abord, Ben n'est pas Warhol, dont le traitement coloré aurait pu être un vrai atout pour la visibilité et le caractère souriant de la marque. Ensuite, l'image "façon Ben" a perdu de sa fraîcheur, de sa primeur à force d'être déclinée. Enfin, en passant en voiture devant la campagne en format abribus, on retient bien plus Ben que le sujet de l'affiche, tant l'artiste a développé un territoire qui constitue désormais sa marque. Bref, la marque Ben sera peut-être plus forte que la marque "nouveau". En attendant les résultats, on se dit que c'est peut-être le repositionnement complet du Beaujolais Nouveau à l'étranger qu'il faudrait travailler ( pricing y compris ), plus que sa visibilité publicitaire…

Manque de jus

Comment ne pas sursauter depuis plusieurs semaines en France quand on regarde les pubs de parfums lancées en grande pompe pour le temps des Fêtes ? Peu de vrais concepts, et une sur-utilisation de top models parfois jusqu'au télescopage complet… Jean-Paul Gaultier ou Burberry utilisent en effet le top du moment, qui a fait une couverture remarquée dans ELLE: la piquante blonde Agyness Deyn. 

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Elle est superbe et a vraiment "une gueule" distinctive. Le doublon n'en est que plus terrible, puisqu'en plus la direction artistique la joue dans les deux cas en noir et blanc. Confusion en vue…. et coup d"épée dans l'eau publicitaire.

Sur l'absence de concept, je nuancerai quand même mon propos en vous renvoyant à un livre très intéressant publiée par une prof montréalaise, Mariette Julien, L'image publicitaire des parfums – Communication olfactive.( L'Harmattan ). Il s'agit d'une étude approfondie de la communication pub des parfums, exercice périlleux qui consiste à faire ressentir par les yeux ce qui relève normalement de l'odorat. D'où certains clichés publicitaires qui sont en réalité des "codes", compris inconsciemment par le consommateur et qui vise à lui donner une "image olfactive" du parfum que l'affiche ou la page magazine lui montre. Passionnant, même si l'étude s'avère parfois un peu théorique et universitaire.

Quant aux dangers/ avantages de l'utilisation de top models ( plutôt que des actrices par exemple ), mon ami Nicolas Bard de l'agence Nékid m'a déjà coupé l'herbe sous le pied, en sursautant lui aussi devant la blonde Agyness : chaque semaine Nékid publie une veille très bien ficelée que je vous recommande. Pour lire leur analyse, cliquez ici.

Le comparatif mannequins/ actrice est d'autant plus intéressant pour les québécois, bien rompus à la recette du "porte-parole". Le fait est moins fréquent ( surtout en télé en fait ) en France mais les choses changent. Les campagnes récentes de LCL  ( banque ) ou Jean Rochefort pour Amaguiz ( assurance ), Thierry Lhermitte actuellement pour du foie gras ( Montfort ), marquent un changement. Pour autant, on est encore loin de l'abondance de porte-parole québécois, où le comédien endosse et porte littéralement la marque, pacte beaucoup plus engageant qu'une simple prestation dans un spot. Mais disons que Georges Clooney et Nespresso fait des émules en terre française 😉

Quand AXE s’invite chez Drucker

Axe est une marque bien inscrite dans le paysage français et européen, plus récente en Amérique du Nord ( début des années 2000 ). quoi qu’il en soit, elle est très constante dans son déploiement international et sa communication respecte à la lettre les valeurs de marque définies dès le départ: Axe, c’est l’ingrédient magique dans la vie des garçons, le truc qui rend les filles dingues et métamorphose n’importe quel pré-pubère en bête de séduction. Cela donne depuis des années des campagnes publicitaires presque toujours réussies, quelle que soit leur origine et le support média: de l’audace, une direction artistique impeccable, de l’innovation média souvent au rendez-vous font de la marque une vraie réussite dans tous les marchés/cultures auxquelles elle s’attaque.
Le dernier buzz en France ( et bientôt ailleurs , car on ne voit pas pourquoi Canadairman ne s’exporterait pas, tant les feux de forêt ne manquent pas en Californie ), c’est justement le film pour le nouvel Axe, celui qui bloque la transpiration. « Canadairman » a circulé sur toutes les plateformes vidéo et par mail dans les dernières semaines : on y voit un pauvre malheureux inonder son entourage dès qu’il soulève les bras. Malédiction transformée en atout puisqu’il éteint ainsi les feux de forêt… Faux reportage bien ficelé, bien déconnant, la manière Axe est très bien exploitée par l’agence Buzzman, qui pousse quand même le délire plus loin que d’habitude et qui sort la marque de ses contrées sexy pour l’amener sur le terrain de l’humour pur. Certes, les jolies filles ne sont pas absentes du concept ( impossible , c’est Axe ), mais les poitrines ravageuses et les jambes interminables sont presque anecdotiques au regard des exploits aériens du héros.
Il y a aura sans doute quelques rabats-joie pour trouver que ça manque de hauteur 🙂 Personnellement, j’apprécie le renouvellement de l’argumentation qui ne trahit pas les codes et la formidable exploitation buzz marketing: Georges Mohamed-Chérif, président de Buzzman a coutume de dire qu’en web vidéo, il faut frapper fort. Ça suppose de mettre de côté la finesse et le subtil… mais comment sinon marquer les esprits ? À ce stade de toute façon, les grincheux sont réduits au silence: quand la vidéo se retrouve en prime time chez Drucker (après avoir fait le tour de nombreux plateaux télé), même si la marque n’est pas ouvertement citée ( hypocrisie télévisuelle frenchie oblige ), on ne peut que s’incliner. Cela sonne sûrement la fin du buzz car plus mainstream que Drucker, c’est difficile. Mais quand on fait partie du groupe Unilever, chaque exposition gratuite, même trop large, est une bénédiction. Vu les temps difficiles que l’on traverse, cela fera sans doute des émules ?

Wassup : retour vers le futur

C’était en 2000: l’agence de Bud mettait la main sur le démo d’un réalisateur inspiré par ses potes. Il s’appelait Charles Stone et avait filmé une scène de la vie ordinaire, où toute sa bande échangeait par téléphone de délirants  » wassup ?  » en buvant de la Bud. On ne parlait pas encore beaucoup de buzz ni de viral … mais le Grand prix à Cannes cette année là fut visionnaire: avec un concept pompé directement au réalisateur ( et non conçu par les créatifs de l’agence), ce spot parfaitement contagieux fit le tour de la planète tout en esquissant les contours d’une pub plus participative. Huit ans plus tard, ils sont de retour; sur le web bien sûr mais la télé et tous les médias généralistes se pressent pour relayer cet écho sympathique et engagé. Vous n’y avez sûrement pas échappé mais si c’est le cas,jetez un coup d’oeil On y retrouve tous les ingrédients du succès de la première campagne mais cette fois, on détourne la plutôt républicaine Bud au profit d’Obama. Preuve que l’Amérique du Nord a toujours une longueur d’avance sur le mélange des genres: marques, culture populaire et politique y font bon ménage. Preuve aussi que le déclin de l’empire américain, pourtant bien sonné par la crise ( réelle, profonde, durable ) n’est pas pour tout de suite côté communication: tout va mal pour les wassups guys, mais l’optimisme est bien là et on peut présager que la pub anglo-saxonne continuera de résonner partout dans le monde pour encore quelques temps. D’ailleurs, de quel pays suit-on avec une assiduité presque décourageante la vie politique, la Chine ou les EU ? Finalement, pour les observateurs de la communication, le retour de Wassup est une belle façon de tester la résistance des fondamentaux de la pub du 21 ième siècle: les meilleures jokes ne vieillissent pas vraiment, elles sont recyclables et détournables, circulent de manière fluide et génèrent toujours un ROI formidable.Image_1
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Archives L’envers de la Pub

De l’automne 2003 à l’été 2006, j’ai analysé chaque semaine une création publicitaire, le plus souvent québécoise, parfois internationale, dans une page du quotidien La Presse Cette page s’intitulait « L’envers de la pub » et elle participait au renouveau du cahier Affaires de la Presse, sous la direction de Stéphane Lavallée.Image_2

Vous trouverez ci dessous quelques-uns des textes publiés dans ce cadre, dans leur version word. Les titres ne correspondent donc pas toujours à ceux retenus par le chef de pupitre de La Presse. Merci aux agences qui ont joué le jeu pendant toute cette période et à La Presse Affaires pour la totale liberté de ton…

YES WE CAN 2006: Le Superbowl est non seulement un grand événement publicitaire mais également une excellente occasion de prendre le pouls du moral de la société américaine. 2006 ne fut pas un crû extraordinaire en terme de créativité… mais le grand gagnant fut , une fois de plus, Budweiser. Notamment avec un message très sympathique mettant en scène les fameux chevaux « Clydesdales », quintessence du american spirit. En Amérique, « si tu veux, tu peux » fait partie du pacte social. En 2008, ça a donné : Yes we can.( voir article )

LA VICTOIRE DU LAIT: Au Québec, la Fédération des Producteurs de Lait est une référence publicitaire. Dans le paysage depuis plus de 30 ans, cet annonceur a su si bien innover et renouveller son discours qu’au fil des années, ce produit générique a accompli l’exploit de devenir … une marque. Cet article marque le passage très réussi d’une campagne ( la campagne blanche ) devenue « culte » pour tous les québécois à une nouvelle plateforme, qui selon moi réussissait l’exploit de faire encore mieux. Plus moderne, tout aussi forte dans le lien avec le public, plus stratégique quant aux objectifs de l’annonceur ( faire consommer plus de lait ). C’est aussi un article qui rend hommage au travail du musicien , en l’occurence Paul Maco, qui fut « révélé » par la composition créée à l’occasion.( voir article )

NIKE+MTL: Quand du Nike fait du local, ça donne aussi des petits bijoux. Très belle campagne pour une course à Montréal, autour des archétypes de la ville. ( voir article )

AU BONHEUR DES HOMMES : où comment Bud réinvente les origines du féminisme. Jubilatoire, complètement politically uncorrect, un super film signé Down Town Partners Toronto.( voir article )

SOUS LES PAVÉS LA PUB: Je sais, titre facile. Au Québec, le vrai titre était  » la Révolution tranquille de la pub « . Malgré tous les points idéologiques qu’elle soulève, j’ai adoré la campagne de Leclerc conçue par Australie en 2005 à partir de l’imagerie 68. Petit parallèle avec le marché québécois où les épiciers sont bien bien loin de ce type de discours engagé…qui s’il est discutable sur le fond, est impeccable sur la forme.( voir article )

BARRAGE DE CASTOR( voir article ): ou comment revivre les premiers pas de la « plateforme Jules et Bertrand » de BELL qui depuis sont morts et enterrés. Ce que la fin de l’article laisse d’ailleurs entrevoir 🙂 Pour Québécophiles avertis !

EMBARQUEMENT IMMEDIAT :Air France et le travail d’orfèvre de BETC Euro RSCG.

SIMPLICITÉ VOLONTAIRE( voir l’article ): Une pub qui ne réconcilie pas avec les médecins pour une service télé innovant à l’époque ( aujourd’hui encore d’ailleurs ), ETC.tv

QUAND LES FRANÇAIS DÉBARQUENT AU QUÉBEC: ou plutôt tous les clichés québécois au sujet des « cousins », revu par Mastercard. voir l’article.

COLATOONS: Le mariage de Coke et de Charlebois. Voir article

QUAND LA PUB NE NOUS ÉPARGNE PAS:En pleine crise financière et économique, ce flash back sur une campagne pour une institution financière , Mackenzie, prend une teinte encore plus aigre-douce. Pour les non québécois, le REER est un placement épargne retraite permettant d’économiser de l’impôt; chaque année, cela donne lieu ( avant la déclaration fiscale et la date limite de placement ) à de gros investissements publicitaires de la part des banques. ( voir article )