La grève en France, c’est comme une tempête de neige à Montréal

Idead:greveneige

La semaine qui s’achève
fut pour moi à l’image d’IdeAd, à cheval entre la France, le Canada… et la Belgique
montréalaise. Et pour traduire ce lien qui réunit autant que l’océan qui sépare,
cette phrase savoureuse glissée par un ami montréalais, apprenant que j’atterrissais
jeudi à Paris en pleine grève générale et alors que le Québec vivait mercredi
une belle tempête de neige :
" La grève en France, c'est comme une tempête de
neige à Montréal : ça nous perturbe un peu, mais ça nous empêche pas de
fonctionner ".
He was damn right ! À Dorval, les avions
décollaient, à Montparnasse pas d’émeute pour monter dans les trains. Le taxi
parisien « chialait » contre les grèvistes et contre Sarkozy, le taxi
montréalais, muet comme une carpe, zigzaguait d’une file à l’autre en glissant
sur la neige comme un patineur : la routine quoi.

Et pour mieux symboliser ce lien dans l'actualité de la communication, une semaine de la pub en
chasse une autre : celle du Canada s’achève, la première édition, tandis
que lundi sera inaugurée la 12 ième édtion de la semaine de la pub en France. D’un
continent à l’autre, même crise mais effets et ambiance bien différente…

Au Québec, on en a profité pour fêter les 50
ans de la publicité québécoise et lancé
un site de promotion de l’industrie
montréalaise. Deux points m’ont frappée à l’occasion de cette soirée :

1-   50 ans après sa naissance, la publicité «canadienne
française» se bat toujours pour survivre.
 
C’est probablement l’histoire même du Québec qui se retrouve dans ce constat :
des francophones luttant pour leur survie culturelle et linguistique dans un océan
anglophone. Les canadiens de Toronto vivent d’ailleurs un combat similaire face
aux annonceurs et agences américaines, qui se contenteraient volontiers de la
diffusion de messages créés aux US ( et eux n’ont pas le prétexte de la langue
pour se protéger ). En 2009, la crise économique aura bon dos pour
justifier
  des difficultés pourtant
structurelles d’une petite industrie qui a su se renouveller créativement mais qui
pour se pérenniser, doit
absolument déborder de son marché local.
 La volonté est réelle, et comme tout bon Nord-Américain,
rares sont les publicitaires québécois qui concèdent un peu de pessimisme :
bonne humeur et dynamisme sont toujours de mise dans le Nouveau Monde, ça n’’exclut
pas la lucidité mais ça rend l’ambiance plus respirable.

2-   Les communauté belges et françaises sont toujours aussi
bien représentées dans la pub montréalaise ( et je ne pense pas ici au passage d'Erik Vervroegen, seul juge international des prix Créa ). Normal pour une communication qui s’adresse
de plus en plus à une société « multiculturelle » . Preuve aussi que
le repli identitaire n’est pas réellement une option pour la pub québécoise. C’est
même Patrick Beaudouin ( grand patron de la création convergente de
Cossette ),
belge implanté au Québec depuis plus d’une décennie, qui a eu l’honneur de résumer
en 6 minutes 50 ans d’évolution.

La couverture médiatique de
la semaine de la pub fut au rendez-vous : télé, radios, journaux, tout le
monde s’est bousculé. Reste qu’on peut s’interroger sur la manière dont le
sujet a été abordé dans les médias.
Joe La Pompe, qui donnait une conférence
autour du plagiat, a souvent été
la «vedette masquée» de l’événement
( et on comprend l’engouement des médias pour cet angle ) : on peut quand même imaginer
plus positif comme vision de la pub, même si cela était fait avec humour et
 avec en trame de fond, le souci d’honnêteté
et de transparence d’un milieu en pleine révolution….

Idead:SRC:Franco

De fait, je participais
samedi dernier à une table ronde autour de cette première édition canadienne
dans le cadre de l’émission «  Je l’ai vu à la radio » sur les ondes
de la radio publique , la SRC. Le débat animé par Franco Nuovo réunissait
Sylvain Morrissette de l’
AAPQ et Thierry De Greef ( belge encore ! ) dont l’agence
Nonante milite pour une communication responsable et citoyenne. Contexte a
priori critique : la crise ouverte du capitalisme financier ne fait qu’encourager
une couverture négative de la publicité, volontiers «démonisée » car poussant
à la sur-consommation. Franco notait, en réaction aux propos très low profile
de Sylvain, que les publicitaires finissent toujours, sur la place publique, à
faire acte de contrition, voire à s’excuser d’exister. Il me semble au
contraire qu’ils devraient rappeler au grand public qu’ils ne sont qu’un rouage
, voire une conséquence de l’économie de de marché. La pub n’est pas
responsable de tous les maux de la terre même si elle agit comme catalyseur. Le
caractère parfois très défensif de la communication de cette semaine en sol québécois
( on crée des emplois, on est beaucoup plus que de la pub ) aura-t-il contribué
à changer les opinions négatives ? J’en doute. Pour écouter le débat, cliquez sur samedi 24 , partie 2 de l'émission sur le site de
Radio-Canada.

Il est tout de même bien
ironique de constater le fossé entre les débats internes de la profession (
remise en cause, perte d’impact, nécessité de réinventer le métier et
incertitude quant à l’avenir ) et la perception candide du grand public,
toujours prêt à accorder à la pub un pouvoir de nuisance et de contrôle des
esprits dangereux…

Les débats seront sans
doute bien différents côté français. Le thème de
la semaine de la pub hexagonale
est «  Réussir la société de communication ». Après des années plus
ouvertes sur le grand public , elle redevient un événement très B to B, voire
politique. Installée au Palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris, elle
semble surtout affirmer le rôle de la pub dans l’économie de marché 
J Après les prédictions toujours plus pessimistes parues
cette semaine ( amélioration seulement en 2010 selon Publicis, sombres échos de
Davos, TF1 et M6 qui démarrent l’année avec des baisses de vente malgré l’arrêt
de la pub sur les chaînes publiques ), on peut affirmer sans prendre de risque que
l’ambiance ne sera pas à la fête. Car même en temps de prospérité exhubérante, il
n’est jamais prudent en France de trop afficher son succès.

D’un côté de l’Atlantique comme de l’autre toutefois, une
préoccupation commune : ne pas prendre trop retard sur les grandes
restructurations de la profession, pour sortir plus vite et mieux armé de la
récession en cours. Ces "semaines de la pub" aideront-elles à tenir le cap ? C'est ce qu'il faut souhaiter à une industrie qui, comme celle des médias, fait face à de bien grands défis.

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