Info locale: la leçon des télés américaines

Coverlmvd

"We better operate like
there's no tomorrow.

La phrase est de Lisa Howfield, directrice générale de la chaîne de télévision locale KVBC, affiliée au réseau national américain NBC. Elle est tirée d'un article de fond très bien ficelé sur les grands enjeux de la télé locale aux États-Unis, enjeux complexes qui n'ont pas attendu la crise récente pour se manifester ( source Wall Street Journal Europe, nouvelle édition du WJS ). Et quoi que le paysage américain soit très différent de la réalité française, il apporte un éclairage aux difficultés majeures de la télé locale française, probablement née avec 20 ans de retard et dont on voit difficilement comment elle pourrait être l'eldorado annoncé ici, il y a encore à peine cinq ans …

Car côté français, c'est la débandade. On se demande comment de nouvelles chaînes peuvent encore se créer. Car il s'en crée toujours ! Juste pour l'ouest où je vis, Télé Sud Bretagne  dans le Morbihan pense être en ondes en avril; Bretagne Ouest TV ( projet porté par Le Télégramme, la CCI Finistère et un rassemblement d'entreprises finistériennes pour l'essentiel ) s'annonce pour octobre 2009. Pendant ce temps, les Échos parlent de "crainte pour la survie des télévisions locales structurellement déficitaires, citant Lille, Tours, Toulouse, Chateauroux… Télé Toulouse, la doyenne en France, est en redressement judiciaire avec 3 millions d'euros à renflouer. À Nantes, les rumeurs de fusion entre les deux chaînes locales ( une anomalie autrefois citée comme exemple du dynamisme de la ville… ) vont bon train : Com&Médias, newsletter professionnelle régionale, consacre régulièrement sa "une" aux rebondissements de Télé Nantes et Nantes 7.

Le pragmatisme économique est plus que jamais d'actualité. Les recettes publicitaires des télévisions locales tardent à assurer la viabilité économique de ce média émergent. Nantes 7 accumule les déficits (2 M€ euros en 2006, 1,7 M€ en 2007, 1,4 M€ en 2008). " écrit Com&Médias.


Les grands groupes de la PQR, souvent actionnaires majoritaire de ces chaînes, peinent à trouver un modèle financier à ces chaînes locales s'adressant à des marchés souvent minuscules. Il y a encore cinq ans, on pouvait comprendre leur volonté de développement : neutralisation d'un adversaire potentiel sur leur marché publicitaire régional, apprentissage des contenus vidéos dans un contexte de montée en puissance du web, eldorado promis ( on ne cessait généralement de signaler le retard de la France en matière de télé locale )…. Aujourd'hui, en proie elle aussi à des difficultés majeures d'adaptation et de rétrécissement du marché publicitaire, la PQR n'a plus vraiment le temps ni les moyens de faire de la R&D avec un média qu'elle ne maîtrise pas. 

Un coup d'oeil jeté de l'autre côté de l'Atlantique leur aurait pourtant permis de questionner plus avant leurs projets de développements en télé. Et surtout de se demander si essentiellement, il n'était pas trop tard pour se lancer ? La crise des TV locales aux USA , naguère si puissantes et si rentables, ne date pas de 2008…

Le WSJ résume très bien la dynamique ( domination des ondes et donc la diffusion ) qui fit que pendant presque 50 ans, les chaînes locales américaines ont entretenu un rapport de forces favorable avec les grands networks qui souhaitaient les "affilier" pour offrir un mass market de choix à leurs émissions vedettes et donc à leurs annonceurs.

50 % de marge bénéficiaire dans les 70's : le beau business ! La manne s'est bien sûr tarie : arrivée du cable ( on pourrait faire le parallèle avec la montée de la TNT en France , 15 ans plus tard ), arrivée d'internet, marché publicitaire plus incertain. L'article évoque pour l'avenir proche des fermetures de chaînes et une concentration du secteur. Reste que contrairement à la France où la subvention publique et le déficit font partie de l'économie des médias, la majeure partie des chaînes locales est encore bénéficiaire: le marché des annonces locales représente encore 20 milliards de US $… Le drame serait plutôt dans l'érosion drastique des profits, pour une industrie habituée à l'argent facile. Trop facile ? C"est probablement un des clés de la lenteur d'adaptation de ces chaînes locales à un environnement en révoution: elles optent souvent pour la réduction des coûts ( comprenez licenciements et réduction des programmes originaux ). Certaines investissent massivement dans le multiplateformes ( mobile + web ) afin de récupérer un peu de l'argent qui leur échappe. 

Au delà de l'analyse du papier, jetez un coup d'oeil aux commentaires des lecteurs- téléspectateurs. Ils sont tout à fait éloquents. Le vrai problème des chaines locales, c'est qu'elles n'ont pas su faire évoluer leur contenu ( vieille télé de plateaux où l'on meuble le temps d'antenne, météo surabondante … ) et qu'elles ont oublié leur vraie différence: l'info locale. Leur salut ne peut pourtant venir que de l'exploitation de cette originalité ( leur seul atout compétitif ) et plusieurs l'ont déjà compris, qui augmentent ces contenus dans leur programmation. Les quotidiens régionaux, partout dans le monde, vivent la même réalité.
 
L'info locale a de l'avenir ( même Lisa Howfield en est convaincue ), encore faut-il aller la chercher et la présenter sous un jour plus neuf. Parce que sinon, comme l'explique un autre patron télé interrogé, " on va suivre la même pente que l'industrie automobile ou les journaux ". C'est tout dire 🙂
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