Gueule de bois cannoise

Visuelcannes09 

Généralement, le dimanche qui clôture le festival des Lions de Cannes est une journée pénible pour ceux qui y sont encore : la soirée du samedi étant souvent la plus excessive, la Méditerranée s'avère incapable de rafraîchir les idées de qui que ce soit. Le citrate de bétaïne fait office sur la Croisette de trousse de premiers soins :-) C'est aussi l'heure de faire ses valises et de tenter un rapide bilan. 

Cela fait quelques années que je n'ai pas vécu le festival de l'extérieur et force est de constater qu'en 2009, on peut le suivre parfaitement sans y être tant la profusion des médias déployés sur place, de vidéos et de matériel accessible gomme la distance. Moins excitant que le vécu certes, mais pour la prise de recul, très agréable.

D'ailleurs, ce billet ne sera pas le millième à vous donner les résultats, tous largement disponibles sur le site du Festival. Je ne commenterai pas non plus ce palmarès : comme tous les ans, on va s'interroger sur les choix du jury, se demander si la classification Bronze/silver/gold a un sens, si la vie publicitaire a un sens, bref, la routine des concours puissance 10… 

Je préfère – et ce sera l'objet de différents billets cette semaine – y aller d'une sélection propre à IdeAd au sein des différentes catégories et surtout, pour aujourd'hui vous recommander la lecture / le visionnage de quelques opinions / articles : la quintessence de Cannes à un clic de souris !


Pour prendre le pouls de Cannes, rien ne remplace sans doute ce papier du New York TImes : "Even for Ad Agencies, High-Priced Consumption Is Out".

Il y est question des habitudes nouvelles des publicitaires, soudain plus raisonnables. La discussion avec quelques commerçants ou chauffeur de taxi à Cannes est à cet égard totalement édifiante. Le Festival des publicitaires battant de loin, en terme d'extravagances et de dépenses somptuaires, celui du cinéma ou de la télé. Entre les fêtes où le champagne coule à flot et le goût immodéré pour les marques des créatifs, c'est l'aubaine pour la ville. "Le fric c'est chic" a toujours été l'hymne non officiel des Lions. 

Sauf en 2009 apparemment. Moins de délégués, moins de dépenses, moins de yachts. Voire des chasseurs d'aubaines. Un changement d'atmosphère si radical que le correspondant du NYT s'en inquiète: quand ceux qui poussent à la consommation sont eux mêmes en mode économie, y'a du souci à se faire.

Restons dans les taxis : s'il n'y avait qu'un papier à lire, je voterais sans hésiter pour le coup de gueule de Jeff Goodby dans Adage, qui évoque le " cab test". Grande figure de la création, grand publicitaire, quand il prend la parole Jeff Goodby a toujours l'art de mettre le doigt sur des tendances lourdes. Président du jury en 2000, il avait prédit l'avènement de la pub-divertissement ( advertainment ), celle que le consommateur traque ( maintenant sur internet ) et espère ardemment.

Cette semaine, le grand Jeff a pris la parole pour évoquer le caractère de plus en plus déconnecté du milieu de la communication, qui se parle de plus en plus à lui même ( plutôt qu'aux gens ) et qui passe plus d'énergie à faire son auto-promotion qu'à promouvoir clients. Vieux discours, direz-vous ? Je suis sûre que beaucoup vont trouver que Goodby fait désormais partie des dinosaures à cause de cette sortie pourtant salutaire. Car au-delà des querelles sur les ghost ads, Goodby souligne surtout le caractère de moins en moins marquant des campagnes, leur niveau presque anecdotique ( ésotérique ! ) ou encore trop peu ancré dans la culture locale pour avoir l'impact nécessaire pour faire vendre. 

Un appel à une communication plus populaire, moins "spécialiste". Est-ce toujours possible en 2009 ? Si il y a encore des émissions TV dont tout le monde parle, ne devrait-il pas encore y avoir la pub dont tout le monde parle ? Les publicitaires peuvent-ils encore changer le monde ou doivent-ils se résigner à le subir ? Tant qu'il y a débat, il y a de la vie. 

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C'est que le crû 2009 de Cannes nous laissera probablement sur de nombreuses questions irrésolues. Un Grand Prix Titanium à Obama, c'était couru d'avance mais ça continue de nous questionner sur la pertinence du métier non ? À cet égard, le déchirement d'Olivier dans Blog de Nuit est tout à fait symptômatique. Impossible d'être contre la vertu, impossible donc de ne pas se rallier à ce choix. Et pourtant … Cela sent le politiquement correct, tout comme le GP à Honda  ( un moteur diesel devient un moteur propre ) inaugurait en 2005 ce que j'appelle les "Lions des bons sentiments" : ces Lions qui font d'Al Gore, Bod Geldorf ou David Plouffe leurs héros, donnent dans le "Act responsible ", applaudissent à tout ce qui n'est pas purement publicitaire et qui leur pemet de se racheter une conduite. 

Comment bien faire son métier ( et le faire évoluer ) quand on n'en est pas absolument fier ? La crise économique accélère visiblement une implosion qui ne date pas d'hier.

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Pour se requinquer un peu le moral, quelques contenus vidéos à signaler. L'équipe du Buzz Media du Figaro était à Cannes elle aussi: l'occasion de faire connaissance avec Fred & Farid ( gagnants français du GP Press ) ou d"avoir le "débrief" de Maurice Lévy sur son entretien avec Eric Schmidt de Google ( extraits disponibles de cette entrevue sur le site des Lions ). À signaler également : Michael Conrad, Thierry Saussez ou Bob Greenberg, ces poids lourds de la pub et de la communication se retrouvent dans les entretiens incontournables d'Influencia "In Cannes" avec pour certains, un questionnaire de Proust adapté à la publicité.

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