On a tous 2 minutes en commun

Capture d’écran 2011-05-02 à 20.50.44

20 minutes, le quotidien le plus lu en France ( dixit le communiqué ) lance aujourd'hui sa nouvelle campagne, créée par La Chose. 

20 minutes, quotidien le plus lu, c'est déjà lourd de sens sur l'époque. Mais cette actualité en rappelle une autre, tout aussi significative quoi que passée presque inaperçue:  pour la première fois aux Etats-Unis, il y a eu plus de lecteurs en ligne que pour les journaux imprimés. Selon le dernier rapport sur l'état de la presse, réalisé par le Pew Research Center's project for excellence in journalism, environ 46% des Américains interrogés disent s'informer au moins trois fois par semaine sur Internet. Ils ne sont que 40% à lire des journaux sur papier. Concurremment, les revenus publicitaires des journaux ont chuté de 46% en quatre ans. Pour 2010, la publicité des journaux papier est évaluée à 22,8 milliards de dollars, la publicité Internet à 25,8 milliards de dollars. Internet a chamboulé la presse papier, les smartphones et Ipads donnent le coup de grâce, même si les tablettes annoncent peut-être une renaissance.

Une nouvelle qui est l’occasion de se pencher non pas sur la disparition éventuelle des journaux papier…

 


… ce n’est plus une éventualité, c’est une certitude; déjà Gesca, un des premiers groupes de presse francophone au Canada, annonçait il y a peu, qu’elle cesserait la publication de ses journaux papier ( voir l'excellent édito d'Isabelle Musnik/influencia à ce sujet ). Gesca qui multiplie parallèlement les recrutements pour son département digital, dixit Oliv Mermet aujourd'hui ( pendant ce temps,  aux USA, les effectifs des rédactions ont chuté de 30% par rapport à ce qu’ils étaient en 2000 ) . Cette nouvelle nous offre plutôt une belle occasion de s’interroger sur les conséquences plus profondes des nouvelles technos: l’impact sur notre façon d’appréhender l’info, les nouvelles, le monde…

S’il y a plus de lecteurs des journaux en ligne, ces lecteurs ne lisent plus les journaux de la même manière. D'ailleurs, lisent-ils ou consomment-ils ? En février 2009, Frédéric Filloux écrivait dans Slate :  

 “Les statistiques de consultation de l'information sur l'Internet donnent l'impression que la planète entière est atteinte d'un syndrome de déficit d'attention. La trentaine de minutes que passaient sur leur quotidien les lecteurs d'un journal ne sont qu'un doux souvenir.
Sur l'Internet, la décimale a changé de place: le lecteur en ligne passe ainsi 15 minutes PAR MOIS sur Le Monde.fr, 13 minutes pour LeFigaro.fr, 11 minutes sur 20minutes.fr ou Libération (source: Nielsen Médiamétrie). De quoi pleurer quand on compare avec les cinq heures mensuelles du jeu en ligne King.com ou encore les deux heures et demie passées sur Facebook). Ce lecteur est en tout cas un rapide, puisqu'il va scanner une page de Rue89.com en 52 secondes et une autre des «Echos» en une demi-minute"

On est loin de 20 minutes :-). 2009, c’était pendant la montée en puissance des Twitter, Facebook, juste avant la consécration des smartphones, et avant la révolution des tablettes; Anytime, anywhere, les nouvelles technos nous permettent d’être connecté, branché, sous perfusion de données informatives, divertissantes, commerciales, 24h sur 24h. Ce qui fait du nouveau consommateur dit « consommateur-citoyen », un consommateur glouton impatient, insatiable, inconstant, boulimique et… peu enclin à payer  pour une info totalement dévalorisée. Les français rétorqueront XXI, ce magazine fleuve, aux reportages fouillés, au rythme décalé: beau succès, qui fait d'abord plaisir aux journalistes d'ailleurs, mais à mon sens, un succès qui relève de la contre-programmation et non d'une tendance lourde.

Que sera l’info dans 5 ans quand le taux d’équipement aura doublé, quant tous les terminaux seront interconnectés,  quant la 4G sera la norme… Grosse question ! Plus grosse question encore, quels seront nos us et coutumes en matière de consommation de contenu ? Pas étonnant que les marques soient devenues elles aussi productrices de contenu: tant qu'à vivre dans le chaos, autant tenter d'y surfer. 

Les technos ne changement pas seulement le rapport à l’info, elles changent aussi le récepteur. Petit aparté pour rendre hommage à l’homme qui avait tout vu et tout prévu : le canadien Mc Luhan !

En formulant que le média est le message dans Understanding Media: The extensions of man, publié en 1964, McLuhan énonce entre autres que le fond, c'est la forme prise par le média, ainsi que sa combinaison avec son message. Ce n'est pas le contenu qui affecte la société, c’est le canal de transmission. Il disait, toujours en 1964, que le média n’affecte pas seulement les sens, il affecte le cerveau: Et il ajoutait : les exemples se multiplieront naturellement à l'âge électronique; ces structures se révèleront d'elles-mêmes, permettant de les discerner plus aisément

On y est. La révolution est en cours. 

Autre conséquence d’importance induite par la révolution numérique:  le changement de paradigme en matière de pouvoir sur le contenu.  Ce ne sont plus les éditeurs mais les opérateurs et les manufacturiers qui prennent le contrôle des contenus. Les exemples de ce nouveau rapport de force sont légion, mais le meilleur exemple en la matière est une entreprise déjà largement évoquée dans ces colonnes : Apple.  Les règles imposées par la Pomme aux fournisseurs de contenu nous donnent toute la mesure de cette inversion de pouvoir. Pour rappel: "Apple prend une marge de 30% de tout ce qui est acheté sur l'AppStore. Si l'éditeur n'est pas content, son application ou son contenu sont censurés et l'éditeur ne peut plus avoir accès aux clients utilisant du matériel Apple."

Bien sûr, les contre-offres, les contre-poids s'organisent et on sait que d'autres tablettes seront plus généreuses envers les média. Mais le mouvement est en marche: depuis longtemps déjà, on rabâche que les tuyaux ne sont rien sans les contenus qu'ils véhiculent. Orange, Vidéotron, et bien d'autres grands joueurs du monde des tuyaux ont compris et amorcé leur virage. Leur nouvelle dimension n'est pas encore parfaitement lisible ou rentable: mais la tendance semble acquise.

Les espèces et les métiers en voie de disparition/réinvention ( imprimeurs, journalistes, éditeurs, scénaristes, documentariste … ) n'ont jamais été aussi nombreux. A nous de jouer  ?

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s